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Et si, parfois, je disais "non" à un client ?


Oui, ça m'arrive.


Non pas par manque d'envie, ni parce que le projet ne m'intéresse pas. Au contraire, certaines demandes sont particulièrement séduisantes. Mais accepter une commande ne consiste pas seulement à savoir fabriquer un objet.

Avant de me lancer, je me pose toujours plusieurs questions. Est-ce techniquement réalisable, dans de bonnes conditions ? Est-ce que le résultat sera à la hauteur ? Est-ce sûr pour le cheval et son cavalier ?

Si la réponse est non à l'une de ces questions, le projet s'arrête là... ou il faut le repenser.


Je m'explique.


La première anecdote qui me vient en tête concerne une cliente qui m'a contactée pour reproduire une création qu'elle avait vue sur Pinterest. Ou peut-être ailleurs sur Internet, je ne m'en souviens plus exactement. Ce dont je me souviens, en revanche, c'est qu'elle voulait exactement la même chose : la même ennasure.

Il s'agissait d'un modèle que je trouvais particulièrement réussi : élégant, polyvalent et surtout très bien pensé. Je comprenais parfaitement pourquoi il lui plaisait.

Mais cette création était protégée par un brevet.

À partir de ce moment-là, la question ne relevait plus seulement de mon éthique personnelle ou du respect du travail d'un autre créateur. Elle relevait tout simplement du droit. Je n'avais ni l'envie... ni le droit d'en faire une copie.

Nous avons donc pris une autre direction.


À partir des besoins de la cliente, nous avons imaginé ensemble un autre projet, pensé pour elle, sans copier le travail de son créateur.



Une autre demande m'a beaucoup fait réfléchir.

Une cliente m'a contactée pour sa jument borgne. Hébergée en écurie, son orbite vide impressionnait certains enfants. L'idée était donc de lui fabriquer une sorte de cache-œil à laisser lorsqu'elle était au box.


Sur le papier, la demande avait du sens. Mais très vite, une question m'a bloquée : et si cet accessoire venait à se coincer quelque part ? Et si, en voulant masquer un problème esthétique, je créais un risque pour la jument ?

Je lui ai proposé une solution qui s'adaptait sur son filet, mais ce n'était pas ce qu'elle recherchait. Nous en sommes donc restés là.


Avec le recul, je réfléchirais probablement différemment. À l'époque, la couture occupait une place beaucoup moins importante dans mon atelier. Aujourd'hui, j'imaginerais peut-être un masque entièrement en tissu, inspiré des masques anti-mouches, avec une fermeture qui puisse céder facilement en cas de tension. Ce n'est pas certain que le projet verrait le jour, mais je sais que j'aborderais le problème autrement.

C'est aussi ça, être artisan : savoir dire non... mais continuer à apprendre.


Et puis il y a un cas qui revient régulièrement : les mesures.

Pour certains projets sur mesure, il est nécessaire de prendre quelques mesures sur le cheval. La plupart du temps, tout se passe très bien. Mais il arrive parfois que je reçoive des valeurs qui ne sont tout simplement pas cohérentes.


Le dernier exemple en date m'a fait sourire : pour un cheval de trait, la longueur du frontal correspondait... à celle d'un poney !


Dans ce genre de situation, je demande toujours une vérification. Non pas parce que je doute de la personne qui a pris les mesures, mais parce qu'une erreur est vite arrivée. Entre un mètre mal placé, un cheval qui bouge ou une simple inversion de chiffres, il suffit de peu pour qu'une mesure devienne fausse.

Cette étape peut sembler un peu fastidieuse, mais elle évite bien des déconvenues. Un article réalisé sur mesure est, par définition, personnalisé. Il ne peut donc pas être retourné ou échangé comme un produit standard.



Bien sûr, lorsqu'un problème survient malgré toutes ces précautions, je cherche toujours une solution. Une retouche, une modification ou un ajustement sont parfois possibles. Mais si quelques minutes de vérification permettent d'éviter tout cela, je préfère largement prendre ce temps avant de commencer la fabrication.



Au final, dire "non" fait aussi partie de mon métier.

Ce n'est jamais la réponse la plus simple. Une commande refusée, c'est souvent une vente qui ne se fera pas. Mais je préfère perdre une vente que renoncer à ce qui me semble juste.

Et, bien souvent, ces "non" ouvrent la porte à de meilleures idées. Un projet repensé, une solution différente, une création vraiment adaptée... C'est aussi comme ça que naissent les plus belles réalisations.

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